10.04.2009

Les monologues du vagin

Collusion dans l'actualité.

Tandis que certaines s'enflammaient sur le net pour dénoncer les tristes paroles d'un chanteur de Rap, la New-Yorkaise Eve Ensler, mondialement célèbre depuis qu'elle a écrit «Les Monologues du vagin», débarquait (trop) discrètement à Brest.

Par le plus grand des hasards, au même moment, j'étais moi-même invitée par mes stagiaires à aller voir avec eux la pièce au théatre.

 

Monologues du vagin. La pièce qui a changé le monde


C'est une bien belle histoire de femme que nous raconte Isabelle Falconnier sur site de l'Hebdo suisse.

"C’est l’histoire d’une petite fille de Scars-dale, au nord de New York, battue et violée par son père qui se réfugie dans l’écriture au point d’être sauvée par elle, trente ans plus tard. C’est l’histoire d’une pièce de théâtre jouée pour la première fois dans le sous-sol d’un café new-yorkais en 1996, devenue le symbole de la lutte contre la violence faites aux femmes, jouée non-stop depuis dans 120 pays et en 45 langues à travers l’Amérique, l’Europe, l’Afrique ou l’Asie.

L’histoire des
Monologues du vagin commence en 1994. Eve Ensler, 41 ans alors, ex-étudiante en poésie, ex-alcoolique, auteur de théâtre underground depuis ses 20 ans, militante antinucléaire et travailleuse bénévole auprès des SDF, se rend en Bosnie pour parler avec des femmes violées. L’expérience lui inspire le monologue Mon vagin, mon village.
De retour à New York, une discussion avec une amie qui traverse la ménopause et parle de façon méprisante de son vagin la laisse songeuse. Elle se met à interviewer des dizaines de femmes sur leur rapport à leur sexe, écrivant une quinzaine de monologues tragicomiques, incluant Mon vagin, mon village. En 1996, la pièce débute à Greenwich Village, dans le sous-sol du Cornelia Street Café.

[...]

Les monologues du vagin sont aujourd’hui la pièce la plus jouée dans le monde, provoquant toujours le courroux et la censure, que ce soit en Chine, au Nigeria, dans les pays arabes ou aux Etats-Unis où, en 2007, des lycéennes qui en avaient lu des extraits lors d’une soirée scolaire ont été renvoyées!"





Censure encore et ce qu'en pensent les hommes

Il n'y a pas qu'en Ouganda que la censure se poursuit envers ce texte qui réconcilie les femmes avec leur sexe et qui dénonce les actes de violence dont elles sont toujours victimes, y compris en occident. (En France, on estime à 48000, le nombre annuel de viols).

Malgré leur prétendue parité et leur "liberté d'expression" qu'ils portent en étendard, les pays occidentaux sont parfois le théatre d'une censure surprenante.


Sur un forum, parlant des Monologues du vagin, on peut lire les commentaires suivants laissés par des hommes :

"Je suis un homme et je n'irais jamais voir ce spectacle. J'aurais l'impression de me transformer en gynécologue. 
J'aime transcender l'amour car jesuis un romantique. Et le réduire à ce mot cru et anatomique, a pour effet chez moi de tuer l'amour."

"Je n'ai aucun pb avec le sexe et suis même très sensuel et satisfait. Mais je combattrai toujours le fait de vouloir réduire une femme à un organe sexuel. Une femme doit inspirer d'autres sentiments plus élevés, afin que l'acte amoureux soit plus fort et transcendé, même si prosaïquement celà se termine toujours de la même façon."


Les plaisanteries graveuleuses et les tabous sur le sexe féminin ont encore la vie dure et la presse n"hésite pas a s'en faire l'écho.  Ainsi, le 13 mars dernier, voilà ce qu'on pouvait lire sur 20minutes.fr

"Encore un drame du micro mal éteint. La chanteuse Britney Spears a vécu un grand moment de solitude à la fin d'une chanson dimanche soir, lors d'un concert de sa nouvelle tournée en Floride.

Pensant que son micro-casque était éteint, la star a lâché un incongru « My pussy is hanging out » (littéralement « mon sexe dépasse » ) à propos d'un costume manifestement mal ajusté. Eclats de rire et sifflements du public ont salué cette sortie un peu trop spontanée. Depuis, la vidéo fait le tour du Net."


Heureusement, certains hommes quittent les rives du sexisme lourdingue.
Celui-ci par exemple qui s'exprimaiet également sur le forum de psychologies.com :

"Des amies ont montées cette pièce & en tant qu'homme, c'était vraiment excellent. Ça n'a rien à voir avec une perspective "crue & anatomique" qui serait un tue-l'amour. C'est au contraire un point de vue - sur l'importance de la sexualité - que l'on a pas toujours en tant qu'homme ou femme.  
On passe des rires aux larmes en quelque instant, du sérieux de la prostitution, voire au tragique du viol, à des considérations bien plus légères sur la masturbation féminine & ses tabous...
Bref, tout ce dont votre copine ne vous parlera jamais. A quand donc les monologues mixtes...?"



Bref, une pièce que j'encourage toutes et tous à aller voir. En particulier les jeunes filles qui ne devraient plus subir, en 2009, ce que leurs mères et grands mères ont accepté : une sexualité bridée et le rejet de leur intimité.

_____________________

Mon vagin, mon village

Mon vagin était une fraîche prairie vert et rose. Les vaches paissaient, mon fiancé me caressait tendrement avec un fétu de paille blonde.

Il y a quelque chose entre mes jambes. Je ne sais pas ce que c'est. Je ne sais pas où c'est. Je ne veux pas y toucher. Plus maintenant. Plus depuis. Plus jamais.

Mon vagin était bavard, il ne pouvait attendre, il en disait, il en disait.

Depuis que je rêve qu'il y a un animal crevé cousu entre mes jambes avec du fil noir, il ne parle plus. Et l'odeur horrible de l'animal mort m'envahit. Et sa gorge tranchée saigne et tache mes robes d'été.

Mon vagin connaissait toutes les chansons de femmes, toutes les chansons paysannes, toutes les chansons des forêts d'automne, toutes les chansons du pays.

Depuis que les soldats y ont glissé le canon de leur fusil, il ne chante plus. L'acier était si froid qu'il m'a glacé le coeur. Vont-ils tirer, vont-ils l'enfoncer jusqu'à mon cerveau qui se tord de peur; je ne sais pas. Six d'entre eux, monstres affreux encagoulés de noir, m'enfoncent des bouteilles aussi et des matraques et un balai.

Mon vagin était l'eau d'une rivière où il faisait bon se baigner, eau claire, courant sur les pierres inondées de soleil, sur la pierre de mon clitoris, encore et encore.

Depuis que j'ai entendu la chair se déchirer avec un bruit strident, la rivière ne coule plus. Plus depuis qu'un morceau de mon vagin, un morceau de ma lèvre est resté dans ma main.

Mon vagin. Village vivant, doux et chaud. Mon vagin, là où je suis née.

Depuis que, pendant sept jours, ils m'ont chacun à leur tour, puant la merde et la pourriture, inondée de leur sperme immonde, je n'y habite plus. Je suis devenue une rivière charriant le pus et les poisons et toutes les récoltes sont mortes et tous les poissons.

Mon vagin, village vivant, doux et chaud.
Ils t'ont envahi. Massacré.
Incendié.
Je ne peux plus te toucher.
Je ne peux plus venir te voir.
J'habite ailleurs à présent.
Ailleurs. Mais je ne sais pas où c'est.


Trackbacks

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Commentaires

Oh, putain d'Adèle ! je sens que je vais avoir à troller, là...

Au taf, les filles !

Ecrit par : Didier Goux | 10.04.2009

@Didier Goux
Pour vous mettre en condition

« Le clitoris est pur par définition. C'est le seul organe du corps humain fait purement pour le plaisir. Le clitoris n'est qu'une simple boule de nerfs. Huit mille terminaisons nerveuses, pour être tout à fait précis. C'est la plus forte concentration de terminaisons nerveuses qu'on puisse trouver dans tout l'organisme. Plus que le bout des doigts, plus que les lèvres, plus que la langue et deux fois plus, je dis bien DEUX FOIS PLUS que le pénis. Alors, je vous le demande : qui voudrait d'un fusil à un coup quand on a une mitraillette ? »

Ecrit par : marie laure | 10.04.2009

Marie-Laure : arrêtez d'exciter le sexe faible,de provoquer ces pauvres hommes en médisant de leur petit oiseau, voulez vous ?

Ecrit par : Suzanne | 10.04.2009

Ca sera mon "devoir" de week-end Pascal, ou peut être notre devoir d'ailleurs puisque ce week-end va être entièrement féminin... Suite à la semaine prochaine si tout va bien :-)

Ecrit par : Trub | 10.04.2009

pffff... donc l'exercice c'est de faire causer son vagin ? cool, merci les filles, j'en rêvais... je me demande si je ne préférais pas les alternatives !

Ecrit par : Laure | 10.04.2009

J'ai eu la chance de voir la pièce, c'est excellent, ça devrait être dans les programmes scolaires. Pour les filles comme les garçons.
"Alors, je vous le demande : qui voudrait d'un fusil à un coup quand on a une mitraillette ?" j'ai adoré.

Ecrit par : pema | 10.04.2009

Comme quoi... chez les femmes, les lèvres du bas racontent autant de bêtises que les lèvres du haut ;-)

Ecrit par : Nick Carraway | 11.04.2009

Il suffit de prononcer ou d'écrire «vagin» et hop, l'antiféminisme primaire et rampant pointe sa langue vipérine... J'ai vu cette pièce en 2002, dans un autre pays, dans une autre langue. La salle était comble (de femmes et d'hommes, faut-il le préciser?). Un vrai succès. Maintenant, ça dépend beaucoup de l'actrice, un monologue, ce n'est pas à la portée de tous. Bon spectacle!

Ecrit par : imposture | 11.04.2009

Comment peut-on dire de tels "platitudes" pour certains vulgaires après un si beau billet Marie-Laure ?! Cela ne cacherait-il pas un réel malaise dans le domaine de leur propre intimité...

MERCI, oui un énorme merci pour ce que tu as écrit là, documenté avec finesse, retranscrit avec courage et détermination.
Pour moi, c'est la première fois que j'ai eu autant d'émotion en te lisant, toi subtile Marie-Laure... Que j'estime de plus en plus ! Je suis fière de te connaître.

Ecrit par : Françoise Boulanger | 11.04.2009

@Tous
Ddier vient d'ouvrir son blog de Geek et commence à aborder ce sujet brûlant http://didiergoux2point0.blogspot.com/

Ecrit par : marie laure | 11.04.2009

Ce monologue fondateur est effectivement magnifique.

Moi qui n'ai pas encore vu la pièce ! Voilà qui s'ajoute à ma to-do list.

Ecrit par : FrédéricLN | 11.04.2009

@Imposture et Françoise
J'ai trouvé que cette pièce était non seulement à la fois belle et amusante mais aussi que c'était un extraordinaire moyen de se poser les questions que l'on ne se pose pas d'habitude. Je n'ai pas vraiment voulu lancer le sujet : j'ai écrit comme ça, sur un coup de tête. Je ne sais pas très bien si plusieurs mettront en ligne des billets. J'en ai écrit un. Je vais le poster ici demain. Ce n'est pas très facile. En vérité, c'est plutôt une ébauche, un premier pas.
Ce que j'aimerais bien c'est que dans les commentaires, certaines osent aussi écrire.

@Frederic
Le théâtre est tout petit et ce n'est pas la grande foule des 1ères, ça ne coûte que 30 euros et comme c'est à 19h00, ça laisse la soirée pour ceux qui sont débordés ;-)
Les actrices viennent de changer : Micheline Dax et Marie Paule Belle font de très belles et touchantes prestations. La troisième, plus jeune, bute parfois sur les mots mais je pense que d'ici quelques jours, ce sera parfait. Donc, il faut y aller et mettre cela en priorité 1 :-)

Ecrit par : marie laure | 11.04.2009

ce que je cherchais, merci

Ecrit par : Nina_Tool | 19.09.2009

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