16.02.2009
Une promesse, un devoir.
Je reste de longues minutes sans savoir au juste ce que je peux répondre. J’ai perdu de vue les raisons initiales, celles qui un jour, il y a deux ans bientôt, m’ont aidé à franchir le seuil d’un parti politique.
Bien entendu, je me souviens des discours qui m’ont plu, de mon violent désir de faire barrage à Sarkozy, mais mon engagement actuel a un sens plus large que je n’arrive pas à définir….
Alors je vais fouiller dans ma commode à souvenirs et je déplie des billets oubliés.
Dans le premier, je retrouve une définition de l’engagement.
- Etymologiquement, " engagement " signifie " mettre en gage ". Il y a donc, au sens initial, une notion juridique de " contrat, de promesse, d’obligation ".
- Au sens sociologique et philosophique, l’engagement peut être entendu au sens de " conduite, comportement " quand il s’applique à un mode d’existence par lequel l’individu s’implique activement dans le cours du monde, s’éprouve responsable de ce qui arrive et ouvre un avenir à l’action.
- L’engagement peut être également compris au sens de " décision, choix " quand il désigne un acte par lequel l’individu oriente lui-même, par une action, le cours de sa propre existence. Dans cette conception, apparaît la notion de " libre-arbitre " et par conséquent, la forme pronominale devrait être, dans cette approche, systématiquement employée (S’engager ). L’engagement procède ici d’une pensée élaborée.
- Au sens large, la pensée est l'activité psychique dans son ensemble, et d'une manière plus restreinte, elle désigne l'activité réfléchie de la raison qui organise un ensemble d'intuitions au service d'une finalité. (wikipedia).
- Cependant, si l’on considère que l’ensemble de notre pensée est influencé par les idées qui modifient notre perception de l’expérience, chacun fonderait son engagement sur un " idéal " différent, découlant de sa propre perception de la réalité. (Idéal étant entendu ici comme " construction mentale " et non comme " modèle de perfection inaccessible "). Toute "pensée unique" serait donc à la base impossible.
- L’engagement procède également de l’action. Dans cette conception, le terme d’engagement implique aussi la notion d’action pour atteindre cet " idéal ". Pour Charles KIESLER, qui pose les bases de la psychologie de l'engagement en 1971, "l'engagement est le lien qui unit un individu à ses actes". Pour lui, seuls les actes sont engageants.
Je me pose aussitôt des questions. Mon engagement relève-t-il de la promesse ? De l’obligation ? Du comportement ? Est-il choisi ou contraint ? Quel est mon idéal ? Mes actes sont-ils en cohérence avec mon engagement affirmé ?
Un autre vieux billet, dans lequel explose ma colère, m’apporte une bribe de réponse.
" Nous avons profité comme des goinfres de ce que d’autres avaient acquis pour nous, c’est à nous maintenant de relever nos manches !
Nous léguons à nos gosses une planète angoissante, souillée, cruelle. Et certains trouvent encore à se plaindre en songeant à leur maigre retraite de demain ? D’autres ratiocinent et ergotent sur des détails, pointent des doigts accusateurs sur leurs voisins basanés et sur une jeunesse mal élevée, tentent d’éteindre sous des flots d’arguties tout feu de contestation, se drapent dans leur dignité de vieux cons.
N’avons-nous pas honte de ce que nous sommes devenus ? Nous qui sommes à l’origine de cette perte des valeurs, de cet excès de tout que paieront demain les générations futures, n’avons-nous comme ambitions que de camoufler les magouilles des uns, les médiocrités des autres ?
Que restera-t-il de notre génération sinon la lie dans laquelle nous nous sommes vautrés, persuadés de notre bon droit, engoncés dans nos certitudes, ramollis par des décennies de confort ? Nous devrions être tous debout, en première ligne, pour refuser la langue de bois, pour affronter les vrais enjeux, pour assumer notre examen de conscience et nos responsabilités ! "
Je suis révoltée. Surtout contre moi-même. Contre la mollesse et le laisser-faire dont je fus coupable avec tant d’autres. Désormais, je me mets en travers du chemin au lieu de courber le dos, je regarde en face plutôt que de fermer les yeux, je lutte au lieu de tirer mon épingle du jeu.
C’est en effet une promesse, une obligation morale vis-à-vis de mes enfants.
Si je ne suis pas sous la pluie en train de distribuer des tracts comme je le fis un temps, c’est que je refuse de vendre de la soupe politicienne à d’autres et mon engagement prend aujourd’hui des formes étranges que je n’avais pas imaginées. La gouvernance de la France ravive tous les jours ma motivation, je suis persuadée qu’il faut faire de la place, ouvrir les bras, décloisonner, partager avec son voisin, laisser de nouveaux visages prendre les rênes, renforcer le collectif plutôt que favoriser tel ou tel individu.
J’agis en ce sens à ma toute petite échelle, au quotidien, partout où je peux. Et je me dis que si nous sommes nombreux à faire pareil, nous parviendrons à modifier le cours des choses.
08:27 Publié dans Pourquoi nous sommes-nous engagées ? | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note





Commentaires
Oui, Marie-Laure,
Ton engagement est réellement dans l'action et toute la réflexion que tu nous restitues quasiment chaque jour sur ton blog est bien plus constructive que quelques tracs distribués au hasard, qui finiront de toute manière dans un égoût déjà suffisamment pollué !
C'est à tes enfants, ceux des autres, que tu penses et je crois que tu as raison de continuer quoi qu'il arrive.
Sur Marianne je lisais "le retour du terrorisme intellectuel" (affaire Kouchner-Péan, d'ailleurs Farid en a parlé). Rien que pour surveiller des agissements comme ceux-ci, lutter contre la manipulation médiatique, ton action peut être utile. Se révolter est une chose mais il faut expliquer pourquoi et cela toi tu sais le faire : continue pour nous !
Bises.
Françoise
Écrit par : Françoise Boulanger | 16.02.2009
@Françoise
Merci beaucoup pour tes encouragements :-) Mais tu sais, seule, on n'est pas grand chose, c'est l'union qui fait (et aussi donne) la force !
Écrit par : marie laure | 16.02.2009
Bonjour Hypos
C'est vrai qu'il y a cette notion de contrat... avec soi même. Il me semble aussi que l'on s'engage quand on est sûr de soi. C'est parce qu'on s'est penché sur le sujet, que l'on a développé un raisonnement. Le premier pas de l'engagement, je l'ai lu tout à l'heure sur un autre article de femme engagée, c'est quand on exprime ses convictions. Là on est déjà fort, surtout si elles ne sont pas majoritairement reconnues ou même comprises...
Oser l'exprimer, c'est déjà très fort. Agir ensuite de manière à atteindre l'objectif que l'on se donne dépend de soi, des moyens que l'on a et... des autres...
Personnellement, je ne culpabilise pas pour ce qu'ont fait les autres...
On est toujours seul avec son engagement...
Françoise Blanche
Écrit par : passage | 16.02.2009
@Passage,
Je me culpabilise surtout de n'avoir rien fait avant, d'avoir laissé filer. Comme beaucoup, la soirée électorale de 2002 a été un révélateur...Qui n'a déclenché aucune réaction à long terme pour moi. C'est en 2007 que je me suis réveillée, furieusement déterminée à ne pas aller dans une direction que je refusais et encouragée par la présence de mes enfants avec lesquels j'ai à l'époque beaucoup discuté.
Finalement cet engagement, "suiviste" à la base, à maturer. Aujourd'hui je suis d'accord avec toi : " On est toujours seul avec son engagement"
Écrit par : marie laure | 17.02.2009
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