09.02.2009
Combien de politiques ont expérimenté dans leur propre vie cette réalité de merde ?
Voyons, voyons… Quand on évoque la crise, on parle de chômage, de baisse de pouvoir d’achat, de crise immobilière. Alors je crois avoir un peu de grain à moudre là-dessus.
Commençons par la crise de l’immobilier. C’est à l’été 2007 que la crise des subprimes déclenche une première chute des marchés boursiers. Tout cela me semble bien loin de mes préoccupations. Pas vraiment passionnée par le monde de la finance et de la spéculation, je n’ai jamais fait l’effort de tenter d’en comprendre les rouages. Aujourd’hui encore, je n’ai d’ailleurs toujours pas tout capté.
Tout cela pour dire que je ne prends pas cette réalité en compte quand en janvier 2008, tentant de gérer par avance une situation personnelle que je prévois tendue, j’envisage de vendre ma maison, de rembourser par anticipation ce qu’il me reste à courir de crédit et de racheter cash un logement plus petit. Le marché de l’immobilier se porte encore bien, j’habite un quartier très prisé où les annonces de ventes de maisons ne restent pas une semaine, je prends donc le problème à l’envers en commençant par chercher un appartement à acheter. Une fois le futur nid trouvé, le compromis de vente signé, je mets en vente mon bien dans plusieurs agences et en direct sur le net. Nous sommes au joli mois de mai, c’est la bonne période, le jardin est adorable, il croule sous les roses, la maison est baignée de lumière, ça ne devrait pas être trop long. Beaucoup de visites mais pas ou peu de propositions. Je suis déjà trop chère, pas si je me réfère aux prix du début de l’année, mais tout se passe très vite et les unes des journaux ne parlent que de la baisse des prix de l’immobilier et de la crise. A partir de la mi-juillet, les visites cessent alors que je signe l’achat définitif de mon appartement fin août avec le démarrage d’un crédit relais. Ca commence à devenir chaud et pendant ce temps là les agences immobilières ne reçoivent plus d’appels d’acquéreurs potentiels. Je ne suis pas d’une nature bilieuse mais parfois la nuit, j’y pense et je ne suis pas trop à l’aise…
Ma bonne étoile ne m’abandonne malgré tout pas totalement quand à l’automne des copains me contactent, viennent visiter ma maison, chopent le coup de cœur. Encore quelques semaines de négociations où je revois mes prétentions très à la baisse et je serai enfin délivrée définitivement du crédit relais en janvier de cette nouvelle année. Le jour de la signature chez le notaire je n’ai plus qu’une obsession : courir à la banque leur refiler le chèque et arrêter l’hémorragie. A ce moment là le crédit relais de mon acheteuse démarre. Je ne lui dis rien mais j’ai vraiment le sentiment d’une chaîne de galère que l’on se refile !
Sinon, en avril 2008, je viens grossir les chiffres des statistiques du chômage en m’inscrivant à l’ANPE. Là aussi, j’ai tenté préalablement de ne pas rester trop longtemps dans cette situation, en réalisant un bilan de compétences censé m’aider à mettre en forme un CV de qualité. Dès le premier rendez-vous, on me conseille surtout de me servir de mes réseaux car il n’y a pas d’annonces me correspondant. Au bout de trois mois d’inscription, on est suivi mensuellement par un conseiller. J’ai affaire à une charmante jeune femme mais je me rends compte bien vite que je ne rentre pas dans les cases et c’est là où je découvre le code ROME. A chaque entretien que nous avons je la sens encore un peu plus navrée, elle acquiesce volontiers à toutes mes demandes de formations genre Recherche active d’emploi ou Création d’entreprise. Je constate d’ailleurs que l’on m’incite vivement à créer mon entreprise. Au départ, l’idée ne m’emballe pas plus que cela, je l’ai déjà fait et le statut de salariée me paraît nettement plus confortable. Pendant ce temps là, je repère ce que je peux comme annonces correspondant à mon profil, elles ne sont pas légion et je travaille consciencieusement mes lettres de motivations et mes CV à chaque fois remasterisés au regard du poste proposé. Au mieux, je reçois un accusé de réception puis en général 2 à 3 mois plus tard une missive type « malgré tout l’intérêt, etc. »
Et puis il y a cette réalité cruelle, j’ai presque 50 piges, à l’évidence ça n’inspire pas trop les employeurs ! Ce qui fait que lorsque j’annonce courant novembre à ma conseillère que je me décide à me lancer dans une création d’entreprise, la voilà immédiatement soulagée. Je crois comprendre que je passe dans une autre colonne de leurs fichiers, elle n’aura donc plus à assurer mon suivi mensuel. Me voici dispensée de cet exercice. De mon côté, je reconnais que je n’en pouvais plus de cette attente angoissante et culpabilisante avec ces questionnements (Est-ce que j’en fais assez ? Est-ce que je suis une merde qui ne vaut plus rien sur le marché du travail ?), tout un tas d’interrogations pas vraiment satisfaisantes pour l’ego et particulièrement plombeuses de moral.
Voili, voilou, je suis toujours inscrite à l’ANPE, en phase étude de marché et définition de mon projet. J’ai croisé dans mes formations des gens dont la situation m’est apparue bien pire que la mienne parce qu’ils n’ont pas les capacités, les armes, les ressources internes qui leur permettront de rebondir. Beaucoup étaient abreuvés d’anxiolytiques comme la seule réponse de la société à leurs difficultés. Je ne sais pas encore si je vais m’en sortir mais je sais qu’il y a beaucoup de personnes broyées par cette machine infernale et dont les chances de survie dans cette jungle me paraissent bien minces. Alors j’aurais mauvaise grâce de me plaindre…
Dernière réflexion que je m’étais faite lors d’un stage Recherche active d’emploi : Combien de politiques ont expérimenté dans leur propre vie cette réalité de merde ? M’est avis qu’ils ne doivent pas être bien nombreux !
08:19 Publié dans La crise et nous... | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note





Commentaires
BJR Laure
Ton cas n'est pas isolé ..
Je connais 2 filles qui connaissent un peu ta situation
1) une femme qui a décidé de vendre sa maison pour acheter un appart..
Même parcours
- entre temps , pbs de boulot.. mais elle a retrouvé un job avec du "temps partiel subi"
2) une autre, qui habite ta région depuis 18 mois now..
Et ANPE aussi . elle est en location HLM.
Mais coté boulot ! dur dur
3) Moi : depuis env 18 mois que j'ai arrété mon activ de Traducteur indépendant (en habitant la campagne), j'ai pensé souvent revendre ma baraque afin de me rapprocher d'une ville .
Mais les subprimes, la hausse (suivie d'une forte baisse) du pétrole : des blogs sérieux d'économie m'ont fait dire :
" alain, ronge ton frein" !!!
Mais ça fait vraiment ch... r de devoir subir ainsi ..
Ecrit par : Alain61(dit Goethe) | 09.02.2009
Les gens n'avaient pas assez d'argent pour acheter une maison. On a alors inventé un type de crédit rien que pour eux et qui s'appuyait justement sur la valeur du bien acheté. La maison acquise venant rembourser le crédit en cas de défaillance. Là-dessus, survient une crise de l'immobilier.
La partie du crédit remboursable par la valeur immobilière diminuant, les banques ont demandé aux gens de rembourser plus. Vu que ce n'étaient que des pauvres, ils n'ont pas pu payer et les banques ont mangé leur chapeau.
Sauf les établissements bancaires qui avaient pensé auparavant, sentant le vent mauvais arriver, étaient parvenues à revendre leurs dettes à des sociétés encore plus folle…
Etc
Résultat : aujourd'hui le monde entier paie la bétise des banques !
:-))
[Oui sinon, tu as raison : la montre de Sarkozy, ça doit faire au moins 3 mois de smic sans manger !!!].
Ecrit par : monsieur Poireau | 09.02.2009
Laure, celà nous fait plaisir de te retrouver ici.
Pour répondre à ta question finale : pour ce qui nous concerne (et au total, on ne compte pas par dizaines...), on les compte sur les doigts d'une main ceux dont on sait qu'ils ont galéré vraiment à un moment de leur vie active (dont un que tu connais).
Quant à ceux qui ont connu la misère et le manque dans leur jeunesse, c'est curieux de constater qu'ils se comportent souvent encore moins bien aujourd'hui que les autres une fois arrivés, semblant stupidement refouler ainsi le passé (hein?... Tu as dit Dati?... Ah non Tapie)!
Amicalement,
Ecrit par : Alcibiade | 10.02.2009
@ Alain : Non, mon cas n'est certainement pas isolé. Mais les gens dans la merde ont plutôt tendance à se planquer par pudeur et par fierté sans doute.
@ Monsieur Poireau : Merci de ces explications, j'ai fait un peu la niaise quand je disais que je n'y comprenais rien :-)
@ Alcibiade : Sur les doigts d'une main, c'est aussi mon estimation à vue de nez...
Ecrit par : Laure | 10.02.2009
Excellent post, très bien, j'aime beaucoup. je te comprends. Très bien. bravo.
Ecrit par : Livia | 10.02.2009
Bonjour Laure,
Tout d'abord, je vous souhaite tout le succès possible dans la grande aventure que vous avez entreprise en prenant la décision de monter votre boite.
Je partage votre réflexion, étant moi-même dans la situation de demandeur d'emploi. En effet, les politiques ne doivent jamais connaitre le chômage, il doivent toujours, en dehors d'un mandat ou d'une fonction étatique, bénéficier des connaissances et des réseaux qu'ils ont pu approcher lorsqu'ils étaient en fonction. C'est pour cela que je suis de plus en plus partisane du fait que des personnes issues de la société civile doivent participer au pouvoir politique. Il faudrait réfléchir sur les possibles collaborations et passerelles qui pourraient exister entre vie civile et vie politique afin que ceux qui nous gouvernent, sachent avec précision de de quoi ils parlent. C'est très certainement un grand chantier a mettre en place mais pour nous tous issus de la vie civile, le jeu en vaut la chandelle. Encore 1 001 succès dans votre entreprise !
Ecrit par : Anne | 11.02.2009
Bonjour Laure,
La situation que tu décris, la tienne, est exactement celle que j'ai vécu depuis quelques années. Un très bon CV peut être justement un handicap pour retrouver un emploi. Certains jours, j'avais envie de dire que je ne savais rien faire d'autre que du ménage... Mais là on te préfèrera toujours une plus jeune !
La création d'entreprise semble la meilleure solution. Avec toutes les idées angoissantes qui viennent avec... Mais c'est avant tout pouvoir orienter dignement une partie de son avenir.
Bon courage. Amitiés.
Françoise
Ecrit par : Françoise Boulanger | 16.02.2009
Et nous sommes nombreuses ainsi, l'âge n'est qu'une excuse, tu auras beau être bardée de diplômes, maman active et indépendante, il y aura toujours un critère de sélection auquel nous n'aurons pas pensé...Va comprendre pourquoi, nous sommes un des seuls pays au monde à fonctionner ainsi.
Courage pour ta boîte, j'envisage la même chose, travailler our soi et bien plus gratifiant.
Ecrit par : M. | 23.02.2009
Actuellement le CAC 40 perd plus de 3% et l'or est à plus de 980 $. C'est tout à fait emblématique de ce qu'il se passe depuis plus d'un an sur ces deux marchés. Pour monter une petite entreprise, si vous possédez un peu d'Or sous quelque forme que ce soit, bijoux, déchets, pièces ou lingots, n'attendez pas, c'est le moment de vendre, vous serez étonné du montant récolté !
achat or
Ecrit par : Achat Or | 08.03.2009
Effectivement la création de son propre entreprise est la meilleure solution.
Ecrit par : Immo | 22.08.2009
être libre financièrement et son propre boss est une solution.
Ecrit par : credipar | 23.08.2009
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